Isabelle Daunais, L’accélération du temps et le développement du roman au XIXe siècle

14/02/2024, 5:15 pm

Mercredi le 14 février, à 17h15, dans le salon

 

Le début du XIXe siècle marque une rupture dans la perception du temps de l’histoire. La Révolution, avec ses changements brusques de régime et de direction, voit naître le sentiment que le monde se transforme plus vite qu’il est possible pour un individu de suivre cette transformation, ainsi qu’en fait état Chateaubriand quand il revient sur la difficile rédaction de son Essai sur les Révolutions: « Souvent il fallait effacer la nuit le tableau que j’avais esquissé le jour: les événements couraient plus vite que ma plume; il survenait une révolution qui mettait toutes mes comparaisons en défaut ». Ce décalage se répercute sur la façon dont chacun peut mesurer sa vie ou la vie d’autrui et la raconter. La continuité du temps et des repères qui permettait jusque-là à un individu de maintenir son identité au fil des ans et de la contempler dans une vue d’ensemble fait place à un temps qui se décline en segments et en hiatus et en une vision de plus en plus morcelée de ce qu’on appelle le cours du vie. Ce changement n’est pas sans effet sur l’usage des genres littéraires : s’il contribue, par exemple, au déclin de la forme mémorielle, ce temps trouve dans le roman un lieu de forte adéquation, à moins qu’il ne faille dire que c’est le roman qui trouve dans ce temps une chance: celle d’une matière immense à explorer et celle de sa fortune.

 

Isabelle Daunais est professeure de littérature française à l’Université McGill (Montréal, Canada) où elle est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’esthétique et l’art du roman. Spécialiste de Flaubert, elle a publié plusieurs études sur le roman moderne, notamment Les Grandes Disparitions. Essai sur la mémoire du roman (Presses universitaires de Vincennes, 2008) et Frontière du roman. Le personnage réaliste et ses fictions (Presses de l’université de Montréal et Presses universitaires de Vincennes, 2002). Elle est également l’auteure d’une étude sur le roman québécois, Le roman sans aventure (Montréal, Boréal, 2015) et d’un recueil d’essais sur le temps romanesque : La vie au long cours. Essais sur le temps du roman (Montréal, Boréal, 2021).

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