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L’Europe des Lumières: un recours face au désenchantement présent?

Thursday, 9 October, 2014

Le désenchantement face à la construction européenne n’est pas neuf. L’âge d’or qui présida, après la seconde guerre mondiale, à la renaissance du projet européen, fut de courte durée. Aussi depuis trente ans la désillusion ne cesse-t-elle de s’approfondir et de prendre des formes nouvelles.

ESLILT_Europe_small David Rumsey Map Collection, www.davidrumsey.com

Ce désenchantement tient, nous dit-on, au ‘déficit démocratique’ dont la construction européenne serait victime. Dans cet esprit, les projets politiques pour l’Europe, vaste palette allant des Etats-Unis d’Europe à la fédération des peuples, semblent plus ou moins relégués aux oubliettes de l’histoire. A mesure que ses critiques dénoncent la froide vérité de la construction européenne, les espoirs de ceux qui, depuis la Résistance et l’antifascisme, ont considéré l’Europe comme le remède aux barbaries nationales, sont sans cesse déçus. L’Europe ne fait plus rêver: depuis 2005 et le non français et néerlandais au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, elle fait surtout parler d’elle pour des raisons techniques plus ou moins obscures. En 2012, la crise des dettes souveraines, menaçant ce qui semblait jusqu’alors intangible (l’union monétaire voire l’union elle-même) n’a fait qu’accentuer la désillusion.

Non-sensunique_small Non-sensunique, Creative Commons, CC BY-SA 3.0

Pourtant, l’Europe n’a pas vocation à être l’objet de ce regard désenchanté. Encore faut-il savoir ce qu’est l’Europe et de quelle histoire elle hérite. Le volume collectif Penser l’Europe au XVIIIe siècle: commerce, civilisation, empire se propose donc, non de définir l’Europe par son passé, mais de retrouver les origines d’une pensée de l’Europe. Il se pourrait en effet que l’Europe souffre moins d’un déficit démocratique que d’un déficit théorique, d’une difficulté à concevoir cette entité étrange qui n’est ni une nation, ni un empire, qui ne se laisse réduire ni à sa géographie ni à son histoire. Cette pensée de l’Europe plonge ses racines au cœur du XVIIIe siècle, dans la période privilégiée de l’histoire européenne qui se situe entre la fin des guerres de religion et la montée en puissance des nationalismes. Le détour par les Lumières s’impose donc pour explorer l’histoire de l’idée d’Europe, antérieurement à la simplification dualiste aujourd’hui dominante (fédération ou marché). L’hypothèse de ce recueil est en effet la suivante: si l’Europe a une longue histoire, c’est bien au XVIIIe siècle que se sont forgées les premières théories de l’Europe – théories qui furent largement occultées au siècle suivant.

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L’Europe fut alors conçue comme une fédération, mais aussi, à la suite de la découverte du Nouveau Monde, comme une forme de ‘marché’ en pleine expansion, au moment où l’économie politique commençait à prétendre au titre de science et où la traite en plein développement trouvait ses premiers critiques. Tendue entre la réalité naissante du marché mondial associé à l’expansion coloniale et soumis aux rivalités impériales, et l’utopie de l’association d’Etats désireux de garantir une coexistence pacifique, l’Europe fut aussi théorisée de manière plus profonde, plus féconde et plus dangereuse à la fois: elle fut conçue, pour la première fois sans doute, comme une ‘civilisation’. C’est alors une autre généalogie, complexe et polémique, dont il faut comprendre les enjeux: celle des théories de la civilisation européenne, avant le développement de l’impérialisme triomphant au XIXe siècle. – Antoine Lilti et Céline Spector

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Bibliographie Penser l’Europe au XVIIIe siècle: commerce, civilisation, empire Edité par Antoine Lilti et Céline Spector Oxford University Studies in the Enlightenment, octobre 2014, ISBN 978-0-7294-1148-6, 280 p. Voir aussi: https://voltairefoundation.wordpress.com/2013/10/25/besterman-lecture-2013-civilisation-et-empire-au-siecle-des-lumieres/ http://www.celinespector.com

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