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La Beaumelle dans la tourmente de l’affaire Calas

Thursday, 29 November, 2018

Le quatorzième tome de la « Correspondance générale de La Beaumelle », qui vient de paraître, se concentre sur la période de mars 1761 à décembre 1763.

La Beaumelle par Liotard

Portrait de La Beaumelle par Liotard (Archives Angliviel de La Beaumelle).

Sorti vainqueur de son procès avec le capitoul David de Beaudrigue qui se venge en le faisant désarmer sur la place royale de Toulouse, La Beaumelle compose un mémoire pour la marquise de Montmoirac, accusée d'adultère par son mari, et travaille à une Vie de Maupertuis.

La découverte le 17 octobre 1761 du corps de Marc-Antoine Calas bouleverse l’existence de La Beaumelle. Ses conférences avec l’avocat David Lavaysse, qui prend la défense de son propre fils Gaubert accusé avec la famille Calas, sont l'occasion de sa rencontre avec une des filles de Lavaysse, Rose-Victoire Nicol, devenue veuve. Deux années lui seront nécessaires pour obtenir l’agrément de celle-ci à leur mariage et le consentement du père.

David Lavaysse

Portrait de David Lavaysse (Collection privée).

La situation particulière de La Beaumelle à Toulouse l’oblige à une grande prudence. Protestant notoire, ennemi personnel du capitoul David, il est connu de tous les acteurs de l'affaire, du procureur du roi et des juges du Capitole ou du Parlement comme des accusés et de leurs avocats. En décembre le président de Niquet obtient du comte de Saint-Florentin une lettre de cachet contre lui pour « mauvaise conduite » (un an après le ministre s'irritera d’avoir été abusé). Informé La Beaumelle quitte Toulouse pour Mazères (où Mme Nicol possède une propriété) et le pays de Foix, dont le commandant le marquis de Gudanes est un ami de David Lavaysse.

Ainsi ne faut-il pas s'étonner que malgré les nombreux documents inédits que comporte ce volume, il ne soit pas possible de retracer dans le détail l’action de La Beaumelle en faveur des Calas. Le 1er décembre 1761 il a achevé la rédaction de la « Lettre pastorale » que Paul Rabaut envoie au Procureur général Riquet de Bonrepos, et qui imprimée sous le titre de La Calomnie confondue sera brûlée par le Parlement. Il a collaboré au Mémoire pour le sieur Gaubert Lavaysse que publie David Lavaysse en janvier 1762. Les Observations pour le sieur Jean Calas, la dame de Cabibel son épouse, et le sieur Pierre Calas, son fils, signées par le procureur Duroux fils et traditionnellement attribuées au conseiller au Parlement Lassalle, doivent être restituées à La Beaumelle. Début juin il rédige le mémoire « au Roy » par lequel Mme Calas demande que soit « rétablie la mémoire de Jean Calas son mari en sa bonne fame et renommée ». Il compose en septembre le placet des demoiselles Calas pour obtenir leur libération des couvents où elles étaient enfermées.

Paul Rabaut

Portrait de Paul Rabaut (Bibliothèque du protestantisme français, Paris).

L’activité d’écriture de La Beaumelle en cette année 1762 est intense. Il s’exerce encore à présenter une image fidèle de la doctrine calviniste, accusée d’avoir par son intolérance poussé Jean Calas à tuer son fils. En avril il augmente la Requête qu’il avait écrite en décembre 1761 pour le pasteur François Rochette, ouvrage maintenant en trois volumes, « dans lequel il approfondit tous les principes de la tolérance civile » (ce texte a été publié en 2012). Le 31 août est la date de son manuscrit de la « Lettre pastorale de Paul Rabaut, ministre de l’évangile, sur le livre de Mr J.-J. Rousseau, intitulé Emile, ou de l’éducation » (1763). La Beaumelle compose aussi un catéchisme entièrement fondé sur des citations bibliques, qui ne sera jamais publié.

De retour à Toulouse en décembre il entretient une correspondance avec le pasteur Rabaut soucieux de tirer les enseignements de la condamnation de Jean Calas. Il rédige les documents qui seront soumis aux délibérations du synode national des Églises du Désert qui se réunira près de Nîmes en juin 1763. Paul Rabaut aurait souhaité sa présence incognito à proximité pour défendre les propositions qu’il l’a chargé de préparer : la désignation du marquis de Gudanes comme le représentant à Paris des Églises du Désert, la constitution d’un fonds pour faciliter ses démarches, la création d’une gazette protestante et la rédaction d’une requête au Roi. Ces délibérations ne seront pas adoptées.

– Claude Lauriol

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