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APPEL A CONTRIBUTIONS: Le Théâtre de Voltaire : entre la ville et la Cour (1718-1753)

Friday, 12 June, 2020

Journées d’études de la Société des Études voltairiennes (SEV)

 

appel à contributions

 

vendredi 11 juin et samedi 12 juin 2021

 

« Le Théâtre de Voltaire : entre la ville et la Cour (1718-1753) »

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La Société des études voltairiennes consacre ses deux journées annuelles en 2021 au « Théâtre de Voltaire : entre la ville et la Cour (1718-1753) ». L’occasion en est donnée par la parution du Théâtre complet de Voltaire chez Classiques Garnier sous la direction générale de Pierre Frantz (6 volumes prévus, le tome I paru en décembre 2019, les tomes II et III prévus en 2021). Voltaire s’est voué pendant six décennies à l’écriture dramatique, avec plus de cinquante pièces, à l’analyse critique et à la défense d’une esthétique dramatique nouvelle (préfaces, épîtres dédicatoires, discours, articles…). Sa correspondance avec les comédiens et auteurs témoigne elle aussi du souci constant de la représentation qui fut le sien. Il est ainsi apparu nécessaire de concentrer ces journées autour d’une unité temporelle, celle de la première grande période du répertoire voltairien, à partir de l’entrée officielle de Voltaire dans la carrière dramatique avec l’immense succès de la tragédie Œdipe (1718) et jusqu’au séjour en Prusse où il écrit et fait jouer, entre autres, Le Duc d’Alençon (1753) à la cour de Potsdam et à Berlin par la troupe amateur du Prince Henri, jeune frère de Frédéric.

Parmi d’autres, plusieurs axes seront à privilégier :

 

  1. Le théâtre de Voltaire et son public, citadin et courtisan

Malgré une vie à l’opposé de celle d’un sédentaire, Voltaire courant de ville en ville, un exil en Angleterre (où il fréquente assidûment les théâtres) et une retraite active à Cirey de 1734 à son départ pour Berlin, cette période de la production théâtrale de Voltaire correspond à une unité de lieu, Paris et ses environs, et à des scènes et des troupes parisiennes professionnelles (à la Comédie-Française, à Versailles et Fontainebleau) ou privées. Œdipe, Mariamne et L’Indiscret sont au programme des festivités du mariage de Louis XV, La Mort de César est présentée à la distribution des prix du collège d’Harcourt en 1735. Mahomet est certes créé à Lille par La Noue et sa troupe mais c’est là une exception et c’est bien le public parisien, dans toute sa diversité sociale, qui est le premier destinataire de ce théâtre. Son hégémonie s’exerce dans la salle de la Comédie-Française mais aussi dans les critiques des gazettes, les conversations des salons, etc. Le public de la cour est lui-même « parisien » comme le montre la circulation des pièces à l’apogée de la carrière mondaine de Voltaire devenu entretemps historiographe du roi et académicien. La diffusion des éditions pirates ou reconnues par l’auteur, les comptes rendus et les anecdotes dans les périodiques et les Mémoires, les reprises des pièces au fil des saisons et leurs parodies lors des foires parisiennes annuelles de Saint-Laurent et Saint-Germain augmentent encore échanges et influences entre les deux publics de la ville et de la Cour.

 

  1. Les interactions entre scènes officielles et théâtres de société

Pour autant, si en quelques années Voltaire s’impose comme un grand poète dramatique, puis comme le « nouveau Sophocle » ou le « nouveau Racine », c’est le petit théâtre de société aménagé entre 1734 et 1749 sous les combles du château de Cirey, à cinq jours de Paris, qui est le creuset d’expérimentations poétiques et théâtrales, de réécritures successives et de propositions scéniques audacieuses qui précèdent la grande épreuve de la création officielle dans la capitale. Ce théâtre privé d’une quinzaine de places, avec une seule loge – celle d’Émilie –, devient l’antichambre la plus dynamique et ambitieuse du Théâtre-Français et la préfiguration des scènes-laboratoire d’aujourd’hui. D’autres théâtres de société (théâtre de la marquise de Prie au château de Bélébat, chez la baronne de Fontaine-Martel rue des Bons-Enfants, scène du collège d’Harcourt, rue Traversière chez l’auteur) occupent une place essentielle dans la production de Voltaire et dans la vie théâtrale en France.

 

  1. Les interférences entre les genres et les arts

De ce vaste ensemble de pièces ressortent surtout une singulière diversité de formes et une grande variété de tonalités au sein d’un même genre. De très importants chefs-d’œuvre de notre théâtre tragique et comique (Zaïre, Mérope, L’Enfant prodigue, Nanine ou le préjugé vaincu…) ont conservé longtemps leur place en tête du répertoire de la Comédie-Française. Ces pièces, qui ont contribué à la renommée internationale de la troupe officielle des comédiens ordinaires du Roi à partir de la Régence, au moment de leur création et lors de leurs reprises, qui ont suscité la polémique ou fait événement, à différents moments du siècle méritent un nouvel examen : Œdipe pendant la Régence, Mahomet et Sémiramis pendant le « règne » de Mme de Pompadour, Brutus pendant la Révolution. Dès 1733-1735, Voltaire se démultiplie pour être présent à la Comédie comme à l’Opéra. Ses collaborations plus ou moins abouties avec les grands musiciens du temps (Rameau pour Samson, La Princesse de Navarre et Le Temple de la Gloire, Rousseau pour les Fêtes de Ramire) offrent une voie d’accès à la dramaturgie des spectacles musicaux du xviiie siècle. C’est aussi à cette époque que Voltaire conçoit certaines des propositions artistiques les plus audacieuses qui jalonnent aujourd’hui l’histoire du théâtre. Il ouvre la scène à des sujets tragiques nouveaux, tragédie « américaine » (Alzire ou les Américains), « africaine » (Zulime) « babylonienne » (Sémiramis), et à la tragédie nationale de style troubadour (Zaïre, Adélaïde du Guesclin). L’importance accordée au décor et au costume, plus généralement au spectacle, trouve alors sa pleine justification. Il élabore aussi des théories influentes sur les tragédies « à sujets feints » et la gestuelle tragique (Préface de Sémiramis) ou sur les genres intermédiaires « hors le genre ennuyeux » (Préface de L’Enfant prodigue) dans l’esprit de la « comédie nouvelle » de Destouches et La Chaussée. Le choix du vers et sa défense résolue contre La Motte participe d’un débat que plus d’un siècle ne suffira pas à clore. Plus généralement, Voltaire entre par le chemin qui lui est propre dans les débats sur l’illusion dramatique et dans la crise féconde de l’aristotélisme français.

 

Les Journées Voltaire auront lieu à Sorbonne Université.

Les propositions de communication (titre et résumé de 300 mots environ) devront parvenir avec une courte notice biobibliographique au plus tard le 15 novembre 2020 aux deux adresses suivantes : renaud.bret-vitoz@sorbonne-universite.fr et frantzp@club-internet.fr

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